Orpaillage illégal : hold up et double peine !

« Une montagne en mal d’enfant

Jetait une clameur si haute
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu’elle accoucherait sans faute

D’une cité plus grosse que Paris.
Elle accoucha d’une souris. »

 

Tels sont les vers de la fable de Jean de Lafontaine, La Montagne qui accouche, qui raisonnent à l’esprit de quiconque s’intéresse à la réforme du code minier actuellement en cours de discussion au parlement.

 

Des années d’annonces, de tergiversations, de scandales même, sur fond de polémiques liées aux gaz de schiste, à la découverte de pétrole off-shore, aux mines orphelines du nord de la France et de lutte contre l’orpaillage illégal, auront abouti à une frêle proposition de loi qui, si elle a le mérite de mettre en conformité notre droit minier avec les obligations environnementales découlant de la charte de l’environnement, laisse un goût particulièrement amer aux Guyanais qui voient leur sous-sol pillé impunément depuis des décennies. Et cela ne semble pas prêt de s’arrêter.

 

Car s’il y’a deux grandes absentes de cette réforme, ce sont bien les questions de la lutte contre l’orpaillage clandestin d’une part, et celle du partage équitable des retombées issues l’exploitation des ressources minérales, d’autre part. Une question hautement sensible en Guyane, où la croissance atone ne suit pas la courbe démographique et doit composer avec un chômage endémique.

 

Pourtant, est-il acceptable encore aujourd’hui, qu’alors que l’or s’échange à plus de 35 000 euros le kilogramme sur les marchés internationaux, que les collectivités, et à travers elles les populations qui subissent les externalités négatives multiples de cette exploitation, reçoivent moins de 200 euros/kg, c’est-à-dire des miettes, au terme de la fiscalité directe ? Une question qui aurait surement méritée d’être posée mais qui n’aura pas eu la faveur des débats, focalisés sur les gaz de schistes et la fracturation hydraulique. Plus vendeurs que l’avenir d’une poignée de citoyens évoluant à des milliers de kilomètres du confort parisien sans aucun doute.

 

Tout juste aura il été question, pendant quelques minutes, de l’avenir des fonds issus de la vente par l’Etat de l’or saisi lors des opérations de lutte contre l’orpaillage clandestin ; ces fameuses opérations Harpie qui mobilisent des milliers de gendarmes et militaires en pleine forêt Amazonienne.

 

Quelques minutes, c’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement et à la représentation nationale pour infliger une double peine aux victimes de l’orpaillage illégal, en refusant catégoriquement que ces fonds viennent réparer leur préjudice en finançant la lutte contre ce fléau, qui pourrit littéralement la vie de milliers de nos concitoyens, au premier rang desquels des populations déjà fragilisées comme les amérindiens de Guyane.

 

Il faut dire que chaque année, ce sont 10 tonnes d’or qui sont extraites illégalement du sous-sol guyanais (contre à peine 2 par la filière légale) par près de 15 000 garimpéros opérant sur des centaines de mines clandestines, diffusant dans la nature mercure et cyanure, dévastateurs pour la santé humaine et pour les écosystèmes. Cet orpaillage clandestin engendre de nombreux trafics (carburant, alcool, armes, stupéfiants, prostitution, etc.) qui mettent en péril la vie des populations riveraines. Régulièrement, des personnes y perdent la vie : piroguiers, villageois, salariés, gendarmes, militaires. Ce pillage organisé représente la bagatelle de 400 millions d’euros annuels de manque à gagner, dont seulement 500 000 sont confisqué au cours des opérations Harpie.

 

Ce ½ million d’euros est aujourd’hui directement rapatrié à Paris, où il est revendu, sans jamais dédommager les populations directement victimes de ce trafic.

Pourtant, Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, s’était publiquement engagé à reverser la recette découlant de l’or saisi aux communes isolées de Guyane. Manifestement, cet engagement est à inscrire à la liste à la Prévert de promesses présidentielles non tenues.

En 2017, les Guyanais ne sauraient tolérer plus longtemps cette injustice qui leur est faite et qui pourrait bien, si elle n’était pas rapidement réparée, alimenter le climat de fronde populaire qui règne désormais dans les rues de Cayenne.

 

Gabriel SERVILLE

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