Projet de loi asile et immigration : « Il n’existe sur Terre qu’une seule espèce humaine ».

Interventions du député Gabriel Serville sur le projet de loi « Asile et immigration »

« Il n’existe sur Terre qu’une seule espèce humaine » rappelle Gabriel Serville lors de la discussion de la motion de rejet préalable présentée par Les Républicains.

Le texte de son intervention :

« Madame la présidente, monsieur le ministre d’État, madame la ministre, chers collègues, en ces temps troubles où le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’homophobie pénètrent quotidiennement dans nos foyers, nous nous demandons très sérieusement s’il est bien opportun que le Gouvernement agite les chiffons rouges avec un texte qui distingue les bons migrants des mauvais migrants, les bons étrangers des mauvais étrangers. Nous voulons rappeler ici, après Jean-Paul Lecoq, qu’il n’existe sur terre qu’une seule espèce humaine : les frontières géopolitiques et culturelles, fruits de l’histoire, ne doivent pas faire perdre de vue cette évidence.

Cela nous trouble d’autant plus que, manifestement, ce projet de loi ne traduit ni l’humanisme ni la fermeté énoncés dans l’exposé des motifs. Alors que, dans l’Hexagone, les situations de détresse de dizaines de milliers d’hommes et de femmes fuyant les zones de guerre – où notre pays a souvent une part de responsabilité – devraient conduire chacun à plus de fraternité et à davantage d’humanisme, les dispositions proposées ici sont au contraire de nature à remettre en cause les droits fondamentaux. Ainsi que l’a si justement rappelé en commission le Défenseur des droits, ceux-ci ne sauraient être remis en cause au gré de l’actualité et en vertu du principe de réalité.

Ni humanisme ni fermeté, disais-je, notamment quand on sait que, dans certains de nos territoires, les dispositions du droit d’asile sont dénaturées, étant exclusivement utilisées pour faire obstacle aux mesures d’éloignement : c’est le cas à Mayotte, ainsi qu’en Guyane où 97 % des demandes d’asile sont abusives.

De surcroît, les services publics de ces collectivités sont dans l’incapacité totale d’absorber de tels apports de populations puisque ceux-ci ne sont pas compensés financièrement et qu’aucune mesure n’est prévue pour remédier à cet état de fait.

C’est essentiellement pour ces raisons que le groupe de la Gauche démocrate et républicaine aurait été en faveur du vote de ce texte. Mais, de toute façon, notre groupe est loin des arguments exprimés sur les bancs de la droite, qu’il considère comme totalement dénaturés parce qu’ils ont tendance non pas tant à rejeter le texte qu’à rejeter l’Autre, à rejeter l’humain. C’est pourquoi notre groupe réserve son choix sur ce texte. »

Un texte emprunt d’une forme de schizophrénie, accuse Gabriel Serville intervenant sur la motion de renvoi en commission.

Le texte de son intervention :

« Madame la présidente, monsieur le ministre d’État, madame la ministre, mes chers collègues, ainsi que je l’ai rappelé dans le cadre de la motion de rejet préalable, le présent texte porte de graves atteintes aux droits de la défense et, in fine, à nos droits fondamentaux. De plus, il me semble empreint d’une forme de schizophrénie puisque, a contrario, ni la Guyane ni Mayotte, dont on connaît parfaitement les caractéristiques et les contraintes découlant de l’immigration non contrôlée, n’ont fait l’objet de la moindre attention, si ce n’est au seul alinéa 8 de l’article 38, dont la portée risque d’être négligeable.

Pourtant, la Guyane se démarque du reste du territoire. Dans cette région, insérée dans un bassin géographique qui se singularise autant par une relative stabilité politique que par des difficultés économiques, il n’est pas question d’hommes et de femmes fuyant la guerre et les bombes au péril de leur vie, mais de migrants économiques attirés par le mirage d’une vie plus prospère.

Les derniers chiffres montrent ainsi qu’en Guyane, la demande d’asile est utilisée pour faire obstacle aux éventuelles mesures d’éloignement et comme un moyen d’ouverture aux prestations sociales par près de 97 % des candidats au statut de réfugié. Aussi, reconnaître qu’en Guyane notre système de droit d’asile est gangrené par les abus ne saurait nullement remettre en cause nos engagements internationaux, ni nous pousser à renier nos droits fondamentaux. Il s’agirait plutôt d’admettre que la question migratoire se pose en d’autres termes sur ce territoire, et nécessite donc un traitement profondément différencié, sur la base de mesures adaptées.

Le renforcement de l’accompagnement au développement des pays d’origine de nos migrants économiques, qui devrait nous permettre de lutter contre l’aliénation locale du droit d’asile, doit être un levier prioritaire d’action. À aucun moment cette perspective n’est envisagée dans le projet de loi. Tout cela nous laisse vraiment perplexes. Toutefois, au vu des motifs avancés par les défenseurs de la présente motion, le groupe GDR ne la votera pas. »

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